Pourquoi cette formule plutôt qu’un café-philo explique Didier Marz ! Parce que pour éveiller la réflexion il est bon de toucher d’abord la sensibilité et les émotions : c’est le rôle des paroles mais aussi de la musique, et la réflexion ne peut que gagner en profondeur.
Le thème retenu était la phrase souvent entendue « Faut pas rêver » ! Elle signifie qu’il faut être réaliste et ne pas attendre de miracle : un monde sans guerre ? Sans injustice ? Hélas ! C’est ce que dit la célèbre chanson du canadien R Levesque.« Quand les hommes vivront d’amour ». Éternel conflit des réalistes et des idéalistes dans une société qui nous pousse souvent à renoncer : « Non, on ne peut pas réduire le temps de travail ! » Et pourtant ! De même qui aurait cru possible de supprimer la peine de mort, d’autoriser l’avortement, l’euthanasie ? Les utopies de Rabelais, Thomas More, Thommasso Campanella ont sans doute contribué à ouvrir des brèches. Jacques Brel chantait bien « Rêver un impossible rêve », lui qui ne renonçait pas à « Attendre Madeleine » ! Si l’idéal est inaccessible, ne peut-on pas essayer de s’en approcher le plus près possible ? Aznavour a connu le succès grâce à « A 18 ans », histoire d’un chanteur raté qui persévère ! Bien sûr le résultat peut ne pas être à la hauteur de ce qu’on espérait : « Après le coït tout animal est triste, sauf les femmes et le coq » affirmait Esculape ! On peut alors être tenté de chercher ailleurs, de recommencer encore et encore : « Est-ce ainsi que les hommes vivent ?» poème de L.Aragon mis en musique par Lèo Ferré. Car il y a des espoirs, des rêves, auxquels on peut difficilement renoncer, « Nous aurons l’âge d’or » chantait ce même Léo, quand il mangeait de la vache enragée ! Et le désespoir même est porteur d’espoir, comme le chantait Jean Ferrat « Un jour, un jour » dans le superbe poème que Aragon avait écrit après l’assassinat du poète Garcia Lorca. Après tout il y aura bien un « après Trump ». Le besoin de rêver est viscéral, même les injonctions consuméristes de la société de consommation ne peuvent pas combler la « Foule sentimentale » de Souchon. Les bouddhistes affirment que si on ne veut pas être déçu il ne faut ni s’attacher aux biens matériels ni se projeter dans l’avenir, mais qu’il faut vivre le présent : carpe diem ! Il faut prendre « Le temps de vivre », sans projet, sans habitude, seul moyen d’être libre chantait aussi Moustaki ! A contrario La laitière - et son pot au lait - se projetait dans l’avenir, on connaît la chute de la fable de La Fontaine !
Il est dans la nature de l’homme de rêver. Dans « Imagine » John Lennon chante la nécessité de rêver sa vie ! Expression de nos désirs conscients ou inconscients, voir papa Freud, notre imagination nous permet d’échapper momentanément au réel et de trouver un espace de liberté dans le rêve. C’est aussi le rôle de l’art ! Merci à Didier qui a su nous « enchanter » !
JP.B